Français - English

Ecrivez-moi

Actualités
Où va l’Amérique d’Obama ? - Cliquez pour voir les vidéos !
Recherche
RSS
Suivez l'actualité du site en ajoutant ce lien à vos favoris

Hervé de Carmoy




Crise financière, crise économique : même combat !

6 novembre 2008 - La Tribune

En Europe, les dépôts des particuliers et des entreprises dans les banques ne courent plus aucun risque. La mobilisation mondiale des Banques Centrales et des gouvernements a neutralisé l’éventualité d’un krach bancaire. Il s’agit d’un succès sans précédent. Il doit être salué. Un détail illustre l’intensité de cette coordination mondiale : le 15 Octobre 2008, les Banques Centrales des Etats-Unis, d’Europe, de Suisse et du Japon garantissaient de façon illimitée l’accès par leurs banques à des liquidités en dollars.

Le succès en matière de liquidités bancaires n’éloigne pas pour autant les menaces qui pèsent sur l’emploi et la croissance. Elles résultent de l’ampleur des pertes au bilan des banques et des conséquences sur l’économie de chaque pays d’un processus de désendettement général.

Quelques chiffres éclaireront le débat : le total des fonds propres des banques peut être estimé à 4000 milliards de dollars. Les pertes résultant de la crise actuelle s’élèveraient à 2000 milliards de dollars. A ce jour, seuls 650 milliards de dollars ont été provisionnés. La différence entre ces deux chiffres explique, sinon justifie, la réticence des banques à réenclencher une politique de crédits abondants, au-delà de ce qui est nécessaire pour protéger leur fonds de commerce traditionnel. Cette problématique est aggravée par le fait que le marché de la titrisation s’est asséché brutalement. Cela oblige désormais de nombreuses banques à garder sur leur bilan l’essentiel de leurs nouveaux crédits. Cette pratique était monnaie courante il y a 25 ans. Elle l’est moins de nos jours. Le suivi personnalisé des crédits exige un personnel nombreux et expérimenté que certains établissements de crédit n’ont plus à leur disposition, à un moment où les risques augmentent. En effet tout baisse : le prix de l’immobilier et des matières premières, le cours des actions et les résultats de la plupart des PME. Tout baisse, sauf les taux d’intérêt qui ont tendance à partir à la hausse ainsi que les exigences d’apport personnel, lors de l’acquisition d’un bien immobilier. La combinaison de ces trois facteurs - baisse de la valeur des actifs, déclin de la rentabilité de nombreux clients et insuffisance de ressources humaines expérimentées - ralentissent l’octroi de nouveaux crédits.

Enfin de nombreuses grandes banques internationales anticipent en interne une nouvelle vague de provisions : elles craignent la faillite de certains Etats d’Amérique Latine et d’Afrique ainsi que les difficultés de grands acteurs financiers, notamment les « hedge funds ». Depuis le début de l’année la baisse des marchés actions a entraîné la destruction d’environ 25 000 milliards de dollars, à rapporter aux 1200 milliards de dollars perdus dans le délitement des « sub-prime ». Dans l’atmosphère raréfiée des immenses fortunes, notons aussi les premiers symptômes de la « maladie des milliardaires ». Certains, en provenance de la Russie, de l’Inde ou de la Chine ont vu la valeur, sur papier, de leur patrimoine fondre de 50 à 70%. Une fraction de ces actifs avait été mise en nantissement de concours bancaires. Leur évaporation partielle accroît les risques de crédit et accélère les ventes massives d’actions.

Dans ces conditions, il apparait illusoire d’espérer que les banques pourront réamorcer, à bref délai, de façon significative l’octroi de crédits et de capitaux aux créateurs d’entreprises, aux PME et aux particuliers qui cherchent à acquérir un premier logement. A l’heure actuelle, le financement d’une stratégie de conquête auprès d’une clientèle nouvelle et/ou entrepreneuriale, n’est pas à l’ordre du jour, sauf dans une demi douzaine de grands établissements et quelques banques régionales qui traversent la crise avec sérénité. La qualité de leurs équipes et de leur choix stratégiques leur permet de se redéployer avec succès.

Sous le choc des récents évènements, le reste du système bancaire mondial risque, lui, de rester figé. Or la racine des difficultés économiques qui s’annoncent se trouve dans le niveau de l’endettement. Les USA en sont un exemple révélateur. La crise économique s’accélère. Or le total de l’endettement américain, en incluant celui des particuliers, est égal au produit national brut mondial. 36% de la consommation aux Etats-Unis est financé par le crédit ; ces chiffres expliquent pour partie l’ampleur de l’aide consentie par le gouvernement américain pour sauver son système financier.

La crise bancaire américaine s’est répandue comme une trainée de poudre, de par le monde, en partie à cause de l’endettement croissant de la plupart des autres acteurs économiques mondiaux. En trente ans, l’endettement de par le monde est passé de 8 à 25 à 1. Celui des banques américaines et de nombreuses banques européennes, de 8 à 40/50 à 1. Bear Stern s’est effondré avec un endettement de 38 à 1.

Depuis la crise, le modèle de l’endettement vertigineux s’est discrédité. Le processus inverse s’est engagé : il consiste à détricoter la montagne de dettes. Ce processus aura des conséquences inexorables et des effets négatifs qui peuvent être neutralisés.

Il parait inévitable que nous connaissions une nouvelle baisse de valeur moyenne des actifs financiers et immobiliers. Elle pourrait atteindre de 15 à 25%. Elle est pour partie une conséquence mécanique de la réduction à l’échelle mondiale de l’endettement, au même titre que leur augmentation de valeur, au cours des trente dernières années a été pour partie liée, à l’exubérance de la dette. Toutefois cet affaissement de la valorisation des actifs fait plus que réduire la part de rêve chez de nombreux particuliers peu endettés. Le processus risque de déboucher sur une véritable récession, à l’image de ce qui s’est produit au Japon dans les années 90.

A cet égard le point névralgique me semble être l’assèchement des disponibilités en crédit et en fonds propres, nécessaires pour accompagner les femmes et les hommes qui ont en eux la vocation d’entreprendre, de développer et d’innover, dans tous les secteurs de l’activité économique et sociale. De nombreux partenariats sont au point mort. Les financiers ont le plus souvent d’autres priorités immédiates : réduire la voilure et minimiser les risques de pertes. Mais qui peut préparer l’avenir, si ce n’est ces individus porteurs de projets ? Or la volonté d’entreprendre s’étiole sans accompagnement.

Dans ces conditions que faire ? Tout d’abord, mener à bien la refonte du système financier et bancaire international. Les esprits n’ont jamais été aussi mûrs notamment aux USA et en Allemagne, même si en ce domaine, une longue habitude de prééminence vous incline vers un exercice du pouvoir sans partage. L’Europe a pris une initiative remarquable qui peut changer le cours des évènements et donc faire évoluer les mentalités.

Toutefois cela ne suffit pas. Il est nécessaire d’aller au-delà de la transformation, de l’unification et de la moralisation des systèmes bancaires et financiers mondiaux, car il s’agit là d’une entreprise qui ne peut pleinement aboutir que dans la durée. Dans l’immédiat, il faut orienter des liquidités abondantes et souples, vers les entrepreneurs, les PME et les particuliers désireux d’acheter un premier logement ou de créer leur entreprise. Dans cet esprit, l’Etat et ses démembrements devront susciter des partenariats avec des organismes régionaux qui ont la compétence et la connaissance du terrain.

L’actuel Président de la Federal Reserve Bank, la Banque Centrale américaine, observait dans son ouvrage sur la crise de 1929 que la faillite de 2000 banques aux USA, avait, à l’époque, entrainé la mise à pied de dizaine de milliers de banquiers compétents qui connaissaient leur client. Il considérait que cette perte d’expérience constituait la principale raison de la diminution, en quelques années de plus de 30% du PNB américain. En Europe et en France en particulier, nous avons la chance que notre capital humain soit intact. Il est essentiel qu’il dispose des ressources financières nécessaires pour pleinement jouer son rôle. Il sera moteur pour l’avenir de l’économie française.

 

Hervé de Carmoy



Cliquez ici pour réagir à cette tribune





© Copyright Hervé de Carmoy 2012 - Tous droits réservés - L'usage et la reproduction, même partiels, des textes, des photos ou de tout autre élément visuel publié sur ce site, sont interdits sans l'accord de Hervé de Carmoy. Toute tentative pourra donner lieu à des poursuites - Mentions légales