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Hervé de Carmoy




Du G20 au G2, vers un duopole Etats-Unis-Chine

Paris, 11 mai 2009

Certes, le G20 a obtenu des résultats significatifs. Ses participants collaborent en matière financière et économique. Leur entente a contribué à apaiser les angoisses des classes moyennes effrayées par la baisse des marchés et par la hausse du chômage.

Les Etats-Unis notamment, entendent noyer leurs pertes financières et industrielles sous un flot de liquidités. Il faut espérer qu’elles permettront avec les réductions d’impôts d’atténuer les effets immédiats de la crise. Mais rien n’est encore résolu. Il faut désormais élaborer et mettre en œuvre de nouvelles règles de gouvernance, choisir des axes de croissance et résorber à terme les déficits publics et l’augmentation du chômage. Bref, il faut se réformer. La question devient alors de savoir quels sont les approches capables d’impulser une transformation de cette ampleur.

Après avoir eu une vision anticipatrice, l’Europe a peut-être manqué un rendez-vous. Ses dissonances internes, notamment avec la Grande-Bretagne sur les questions financières, ont affaibli sa marge de manœuvre face aux intérêts particuliers de la Chine et des Etats-Unis. Son impact politique s’est amoindri. Elle a sans doute manqué de réalisme et a été anesthésiée par une vision inexacte des Etats-Unis. Qui peut douter que le nouveau Président Américain ne veuille, en priorité, résoudre les problèmes de son pays ? Pour ce faire, il est prêt à mettre entre parenthèse doctrines et politiques traditionnelles. Il nationalise les plus grandes banques de son pays. Il hisse la Chine au rang de partenaire privilégié en Asie. L’Europe est marginalisée et le Japon est relégué au 2e rang des alliés Américains en Asie.

Le Japon, malgré sa puissance économique et son budget militaire s’est pour un temps replié. Il puise dans ses réserves profondes pour compenser la baisse de 45% de ses exportations, la chute de la Bourse de Tokyo et donc la contraction des fonds propres de ses banques. L’alignement sur les Etats-Unis reste une nécessité avec une Corée du Nord qui joue au trublion nucléaire. En tout état de cause la fonte prévisible de ses avoirs en dollars, amoindrit son influence Outre-Atlantique.

Qu’en est-il des Etats-Unis et de la Chine ?

Le moteur de la croissance américaine connaît une panne grave. La consommation reste faible. Des pans entiers du tissu industriel se délitent. L’industrie financière n’en finit pas de faire remonter à la surface des pertes supérieures à ses fonds propres.

Autant la récession américaine est sans précédent depuis 1932, autant le ressort intérieur pour rebondir est intact. Il existe aux Etats-Unis à tous les niveaux de la société une volonté farouche d’enrayer la crise actuelle, de se redéployer avec succès et d’exercer le leadership mondial.

La Chine protège son taux de croissance. Elle prête massivement à taux zéro à ses entreprises pour faciliter leur stratégie de conquête au moment de la sortie de crise.

Mais alors quel est le plus grand risque latent ? C’est celui d’une défiance généralisée à l’égard du dollar. Or le double déficit américain atteint des sommets alarmants. Les menaces de dérapage au Pakistan, en Iran et en Corée du Nord sont autant de déclencheurs potentiels d’une nouvelle crise financière.

Dès lors, la collaboration avec la Chine devient vitale. Il n’y a pas d’autres options. La clef de ce magistère à l’échelle mondiale n’est pas militaire mais monétaire. Elle permet le temps long nécessaire pour apaiser un environnement volatile et créer un instrument de substitution partielle au dollar.

La Chine et les Etats-Unis ont donc intérêt à agir de concert pour que la parité yuan / dollar s’ajuste avec réalisme. La dévaluation douce du dollar va se poursuivre et permettre aux deux protagonistes de gagner du temps. La Chine peut alors orienter ses usines et ses services vers des activités à plus haute valeur ajoutée. La résorption du chômage devient moins problématique.

La durée est essentielle pour que l’Amérique traite en profondeur sa crise financière, redéploye son économie, crée des emplois pour des millions de nouveaux chômeurs et commence à écrêter sa montagne de dettes. Plusieurs législatures lui seront nécessaires.

La collaboration monétaire et économique entre la Chine et les Etats-Unis est une étape pragmatique et volontariste. Elle constitue une mutation lourde de conséquences géopolitiques. Ces deux puissances ont su dépasser leur clivage traditionnel pour privilégier l’action. L’Union européenne devrait s’en inspirer.

 

Hervé de Carmoy



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