Français - English

Ecrivez-moi

Actualités
Où va l’Amérique d’Obama ? - Cliquez pour voir les vidéos !
Recherche
RSS
Suivez l'actualité du site en ajoutant ce lien à vos favoris

Hervé de Carmoy




Fin de la crise ou crise sans fin ?

Paris, 22 avril 2009

Les Etats-Unis sont toujours la première puissance économique mondiale. Ils savent faire montre d’une tonicité et d’un volontarisme hors pair. Ce sont aussi les maîtres du grand spectacle : mieux que quiconque, ils excellent à orchestrer leur mise en scène. Il nous appartient de décoder leur message pour l’avenir économique de la France et de l’Europe. Aux Etats-Unis, le marché du travail poursuit sa détérioration. Les entreprises croulent sous les stocks d’invendus ; la plupart sont en surcapacité et freinent leurs investissements. Les particuliers commencent à épargner. De nombreux biens immobiliers se vendent avec des décotes allant de 50 à 80%. Plusieurs Etats, dont la Californie, sont au bord de la cessation de paiement. Certes les situations américaine, européenne et japonaise ne sont pas similaires, notamment en termes d’endettement des particuliers. Mais partout le délitement des marchés bancaires et financiers reste au cœur de la crise.

La partie la plus toxique de l’endettement mondial est liée aux produits dérivés. Leur montant correspondant à seize fois la production mondiale d’une année. Or ce montant brut, loin de s’amenuiser, a augmenté au cours des derniers mois. Est-ce à dire que certaines banques, notamment américaines, protégées par le soutien inconditionnel que leur offre les banques centrales, s’adonnent de nouveau aux pratiques de la « banque Casino » ? Tentent-elles de combler le plus rapidement possible le trou qu’elles ont creusé, afin de préserver à terme leur autonomie de fonctionnement ?

Il est vrai que ces banques ont peu de temps pour faire face à une triple exigence : provisionner les pertes des produits dérivés sur leur livres - ce qui pourrait représenter des montants équivalents à deux fois leurs fonds propres ; se préparer à l’éventualité d’une nouvelle vague de pertes en 2009/2010 liées à la décélération de l’industrie et du commerce international ; réamorcer le crédit aux entreprises et aux particuliers afin d’enclencher une nouvelle croissance.

Que faire face à cette perspective de forte détérioration supplémentaire des bilans des banques et de la conjoncture économique ? Il faut que les Etats-Unis frappent juste et fort. La première de toutes les mesures consiste à promouvoir une refonte de la régulation mondiale, afin de limiter l’endettement spéculatif des banques, qui varie entre des ratios de 25 à 50 à 1, et de mieux contrôler les institutions financières, qui présentent un risque pour l’ensemble du système. A l’initiative de la France, notamment, les Etats-Unis s’engagent dans cette voie. Leur appui sera décisif.

Par ailleurs, il importe de relativiser l’éventuel impact d’une augmentation des déficits publics face à la relance de la consommation. En effet, les fonds propres de nombreuses banques et de la plupart des compagnies d’assurance se sont évaporés. Les montants en jeu représentent entre 15 % et 20 % pour cent du PIB annuel des principaux pays. En outre la diminution de valeur des grands actifs financiers et immobiliers peut s’évaluer à une année de PIB mondiale.

Le paradoxe consiste à attribuer l’origine de la crise à un endettement trop élevé des économies tout en empilant de la dette publique chez des Etats déjà surendettés. La réalité la plus probable est que quelques points de déficit supplémentaires ne suffiront pas à relancer la consommation et l’investissement aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon, pas plus que le système bancaire américain ne sera réparé par la création d’un fonds de rachat d’actifs toxiques à hauteur de 1 000 milliards de dollars. Ces mesures d’augmentation du déficit permettent de gagner du temps par rapport à l’opinion publique, ce qui est essentiel. Mais il ne faut pas se cacher que les négociations sur la valorisation de ces actifs toxiques entre les nouveaux investisseurs privés, les organismes publics et les banques seront complexes et longues, tant l’asymétrie des informations et des intérêts est marquée. Le Congrès Américain sait que les premiers achats opérés en 2008 auraient surestimé la valeur des actifs de 78 milliards de dollars. Il restera donc vigilant et l’on ne peut exclure la prise de contrôle in extremis à 100 % par l’Etat - comme ce fut le cas d’Indy Mac en 2008 - à titre temporaire, de plusieurs grands établissements américains. La voie royale du retour généralisé à la croissance sera un dur labeur. Aux Etats-Unis, la crise se déroulera selon des modalités sui generis. La capacité d’influence de l’Europe, du Japon, ou même de la Chine sur le mix des politiques américaines restera négligeable. De nombreuses pistes seront explorées, jusqu’au moment où, par expérimentation, les Etats-Unis auront trouvé un ensemble de mesures fiscales, monétaires, règlementaires, budgétaires et de recapitalisation des banques suffisantes pour susciter un retour à la confiance et à la croissance.

Cette réalité américaine doit inciter l’Europe et l’Asie, chacune en fonction de son histoire et de ses atouts, à prendre leur destinée entre leurs mains, pour reconstruire l’économie réelle et solidaire du 21e siècle. Ceci exigera de relever un défi majeur, celui de participer à une mutation de grande ampleur à travers des innovations radicales allant du moteur d’avion non polluant à une nouvelle organisation des villes et des réseaux de distribution.

 

Hervé de Carmoy



Cliquez ici pour réagir à cette tribune





© Copyright Hervé de Carmoy 2012 - Tous droits réservés - L'usage et la reproduction, même partiels, des textes, des photos ou de tout autre élément visuel publié sur ce site, sont interdits sans l'accord de Hervé de Carmoy. Toute tentative pourra donner lieu à des poursuites - Mentions légales