« L’Amérique est un grand pays, fort et discipliné dans la liberté,
mais qui ignore beaucoup de choses, et d’abord l’Europe »
Albert Camus (1947)
L’Europe est-elle en passe de tomber dans la trappe de l’oubli ? Après avoir conquis la première place dans l’Histoire du monde entre la Renaissance et la guerre de 14 - 18, elle a cédé le flambeau aux Etats-Unis. La victoire de 1945 a conforté l’Amérique dans sa position de première puissance militaire, économique, financière et culturelle. Or, depuis la chute du mur de Berlin, la puissance relative des Etats-Unis ne cesse de décliner sans, pour autant, que l’Europe n’en tire un avantage géopolitique. S’agit-il d’un mouvement irréversible au profit de la Chine et de l’Asie ? L’Amérique doit-elle se contenter de jouer en deuxième division, avec une Europe reléguée à un rôle de spectateur, voire de « payeur général en lieu d’acteur », selon la formule d’un ancien Premier Ministre israélien ?
Il se pourrait que cette interprétation ne saisisse que l’écume des choses. Nous ne sommes plus au vingtième siècle : le bouillonnement de la planète transforme toutes les sphères de l’activité humaine, notamment celle de l’usage de la force. Un nouveau monde émerge. Les lignes de partage traditionnelles entre solidarité et rivalité s’estompent au profit de liens adaptés aux circonstances. Les intérêts s’entrecroisent de façon pragmatique et imprévisible : qui eût cru, il y a deux ans, que la Chine communiste contribuerait à sauver le système bancaire américain, qui est à l’origine de la crise économique actuelle ? Dans ce nouveau monde, le bras de fer entre grandes puissances, les idéologies, voire les guerres de religion, perdent en pertinence. Le devant de la scène est occupé par les intérêts économiques, avec en arrière-plan la remarque de Hegel : « l’Histoire de l’humanité est une histoire de lutte de pur prestige et c’est une lutte à mort ».
Alors qu’en est-il de la solidarité de l’Europe avec les Etats-Unis et la Chine ? Elle est à géométrie variable. Elle est inscrite dans les faits sur le plan économique et monétaire. Elle est nuancée dans le domaine financier. Elle est contrastée au niveau de l’action. L’Europe enfin se trouve dans un état de dépendance militaire durable à l’égard des Etats-Unis.
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Hervé de Carmoy