Paris, 18 novembre 2008
Le nouveau Président des USA suscite un immense espoir. Est-il en mesure de promouvoir la réforme du système financier mondial et de relancer l’économie mondiale ?
Reconnaissons que la plupart des pays développés, les USA en tête, ont commis depuis trente ans de lourdes erreurs, à tous les niveaux. Les USA auraient perdu environ 2500 milliards de dollars dans l’immobilier, toutes catégories confondues. D’autres débiteurs de grande envergure, représentant des montants équivalents, risquent de devenir insolvables, à un terme rapproché : la grande industrie (automobile, compagnies d’aviation), les PME, une fraction des consommateurs, les petites et moyennes municipalités. Les Etats-Unis ne sont pas seuls. L’Europe, le Japon et les pays émergents sont touchés.
Plus préoccupant est la montagne de produits dérivés, pour partie négociés de gré à gré ; leur volume s’est multiplié par 100 depuis 2001. Au fur et à mesure que ces 500 000 milliards de dollars de « CDS » se dénouent, les agents économiques cèdent partout, par brassées, leurs valeurs mobilières et leur immobilier. L’incertitude règne sur l’ampleur de la problématique. Cette difficulté sous-tend la montée du chômage, la volatilité des marchés, la frilosité des banques, l’attentisme des consommateurs et la dépréciation des actifs.
Dans ces conditions que faire ? Le monde a paré au plus pressé. Il a ouvert grand les vannes de la création de liquidités. Les Etats-Unis envisagent sans états d’âme d’injecter de 8000 à 10 000 milliards de dollars sur deux ans. L’Europe et le Japon interviendront avec plus de retenue. Cette politique d’arrosage intensif permet de gagner du temps mais ne suffit pas à redresser la finance et l’économie mondiale. Il faudra de 6 à 12 mois au G20 pour mettre en œuvre une nouvelle architecture financière mondiale qui prévienne les errements du passé. A ce sujet, il ne faudra pas sous-estimer la difficulté de convaincre les Etats-Unis de déléguer des pouvoirs de supervision financière à une autorité qui ne soit pas américaine. Au-delà, seul un changement de paradigme, gelant de larges montants de dettes spéculatives qui représentent un multiple du PNB mondial, relançant la consommation par la fiscalité et créant des emplois par une politique de grands travaux (l’Europe a pour 400Md E de projets sous le coude) peut neutraliser l’engrenage actuel.
Compte tenu de l’urgence de la situation, interrogeons nous sur les rapports de force entre les grands acteurs de la planète financière, car ils influenceront notre capacité collective à agir. Le Japon se souvient de son passé qui lui a permis de se construire une industrie hors pair. Convaincu que sa défaite en 1945 résultait pour partie d’un sous-investissement industriel dans les années 1920, au bénéfice d’une spéculation financière effrénée, le Ministère des Finances n’a cessé depuis lors, d’exercer un contrôle tatillon sur tous les risques bancaires, sauf au moment de la bulle immobilière. Le résultat fut probant. A ce jour les banques japonaises ont le ratio d’endettement et de pertes le plus faible au monde. Le Japon sera un partenaire loyal.
La Chine annonce des grands travaux d’infrastructure pour près de 600Md de dollars. Elle crée un fond d’investissement de 14Md de dollars pour intervenir directement en Europe, aux USA et ailleurs. Tout pousse la Chine à préserver un taux de croissance élevé.
Les Etats-Unis aspirent à maintenir leur rang fondé sur la puissance militaire, la technologie et sur leur prééminence financière. Ils disposent d’atouts importants : la place du dollar dans l’économie mondiale, leur capacité à créer des liquidités et un système politico-administratif qui a fait ses preuves en temps de crise. Ainsi viennent-ils d’effectuer des prêts directs à une vingtaine de banques centrales. Après la baisse ou l’effondrement de toutes les bourses mondiales, les flux de capitaux en provenance de l’Asie et du Moyen-Orient vers les USA s’accélèrent. C’est un signe précurseur favorable mais les Etats-Unis ne devront pas oublier que le capitalisme financier est volage. Leur endettement est colossal. La pierre de touche de leur réussite sera économique. Or la crise actuelle a écorné la puissance financière et industrielle des USA. Les coureurs de fond que sont la Chine et le Japon se rapprochent du peloton de tête. Le niveau de leur épargne, le surplus de leur balance des paiements et l’éthique d’une stratégie financière à dominante industrielle constituent autant d’avantages compétitifs sérieux. Il appartient à l’Europe et aux USA, deux grandes puissances économiques et financières, de conjuguer vision, volontarisme et éthique pour relever le défi actuel. C’est l’une des raisons d’être de ce que j’appelle « l’Euramérique ».
Hervé de Carmoy